Des femmes j’en vois à tous les coins de rue, dans tous les ascenseurs, tous les restos et même partout ailleurs.  Mais une femme comme celle-là, on en voit une seule dans sa vie.  Une seule fois.  La femme.  Celle qui en la regardant vous chavire.  Celle qui vous donne des maux de cœur tellement les papillons sont insupportables.  Celle que vous ne pouvez vous empêcher de regarder, espionner même.

J’aime m’installer à la table d’un café ou d’un bar, seul.  Muni de mon Moleskine et bien sûr d’un crayon, j’écris les passants, les clients, les histoires que j’entends.  Je suis un peu comme un voyeur auditif.  J’étudie les lubies, les habitudes, les styles.  Dans ces moments-là, je pars souvent dans mes pensées en imaginant toutes sortes d’histoires comme la fois où j’ai osé demander à une fille de venir dormir en cuillère avec moi ou encore l’autre fois où j’étais curieux de savoir ce qu’écoutait une petite brune dans ses oreilles branchées, histoire qui s’est terminée dans la salle de bain du bar.

Je ne sais pas encore pourquoi, mais cette soirée-là, je ne voyais rien, n’entendais rien et ne disais rien jusqu’à ce qu’elle entre au Boudoir.  J’étais assis dans le fond près du mur de sorte que j’avais une vue sur tout.  Lorsqu’elle est arrivée, je n’ai pu m’empêcher d’écrire, écrire sur elle.  Sa tenue, son sourire, ses yeux, ses mains, ses cheveux, ses oreilles, son nez, ses lèvres.  J’ai même osé la dessiner.

Seul dans mon coin je me suis permis de rêver.  Rêver à elle.  Avec elle.  La tenir dans mes bras.  La garder contre moi.  La protégée.  La cajoler.  La caresser.  Lui faire l’amour, la baiser même.

Dans mon monde, je suis beau, grand et fort.  Je suis habile et agile.  Intelligent et à l’aise socialement.  Dans ce monde, je suis tout à fait le contraire.  C’est pourquoi je m’évade souvent.  Un peu trop souvent.

Je la verrais se diriger vers la salle de bain, mouvement qui me permettrait de mieux la regarder.  Elle me plairait.  À son retour, un verre l’attendrait devant elle.  Le barman l’avertirait que ce verre était de moi.  Elle se retournerait pour me remercier du regard avec un sourire enjôleur qui me ferait fondre.

Le l’inviterais à ma table, question de discuter, de faire connaissance.  Nous parlerions toute la soirée.  Tous les sujets seraient abordés.  La vie, sa vie, son histoire, ses rêves, ses projets futurs, ses échecs, ses réussites, ses couples, ses ruptures.  Et moi là-dedans?  Je l’écouterais, l’entendrais, la charmerais, la séduirais.

Les verres passeraient doucement, lentement.  Aucun enivrement ne serait nécessaire.  Simplement nos yeux, nos lèvres, nos mains, nos respirations.

Les heures passeraient, mais le temps s’arrêterait.  La nuit avancerait et elle s’annoncerait chaude.  Elle m’inviterait pour un café chez elle et j’accepterais avec une joie immense.

Nous nous embrasserions, nous toucherions, nous caresserions, nous ferions l’amour.  Nous profiterions de la nuit pour nous connaître davantage.  La journée passerait et les autres aussi.  La vie serait simple et agréable.

Si seulement c’était vrai.  Si seulement, j’oserais que ce soit vrai.

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